C’est lors des annonces paroissiales en fin de messe dominicale du 6 juillet que mon attention est soudain retenue par un stage d’iconographie proposé à la Maison Saint Jean du 12 au 14 juillet !!! Si près de chez moi, il y a tant d’années que j’y pense … et cette fois toutes les conditions semblent réunies : nécessité de me poser, disponibilité du calendrier, cadre propice, proximité géographique, la venue d’une formatrice Je consulte le site de la Maison Saint-Jean, y trouve les coordonnées de la formatrice, Isabelle Doucas, consulte son site où figure une icône dont la douceur des traits et la lumière qui en émane me frappe. C’en est fait, je l’appelle sur son portable.
Le samedi matin 09h00, nous voici à pied d’œuvre. Table de travail, source de lumière, matériels pédagogiques, outils divers : papier, crayons graphites, gomme ordinaire et gomme dite mie de pain, collection de pinceaux, coupelles simples et marguerites, œufs, sopalin, petit pot de confiture, réserve d’eau filtrée, pipette ou compte-goutte, boites de pigments de base jaune, ocre rouge, bleu, affichage d’images pédagogique étape par étape, etc…
L’entrée en matière se fait dans la prière de l’Angelus, suivie de l’étonnante prière de l’Artisan qui semble anticiper chaque pas et va accompagner toutes nos émotions sur le chemin certes balisé et cependant hasardeux de notre patiente élaboration de l’ouvrage. Parmi les sujets qui me sont proposés, mon attention est particulièrement retenue par le doux visage d’un ange vu de 3/4, et l’harmonie d’une main qui bénit. Équipée d’un support cartonné, papier, pince, crayon, gomme, me voici lancée spontanément dans la reproduction du visage de l’ange qui trait après trait apparaît. Isabelle s’approche. Pourquoi et en quoi est-il si différent du modèle ? Force est de constater que je n’ai pas tenu compte du schéma global et des lignes directrices proposées comme repères pour positionner harmonieusement le regard et le nez. Prenant une autre feuille, en quelques coups de crayon, Isabelle me montre son autre processus d’observation qui consiste à tracer le volume général de l’image, à positionner des lignes directrices à partir desquelles vont s’équilibrer les proportions et permettre ensuite d’ajuster les détails : les deux yeux en forme de poissons, les arcades sourcilières, les paupières, la forme spécifique des iris, des pupilles, formant un regard attentif et paisible, les deux arêtes du nez et sa pointe en forme d’olive, la bouche étroite et fermée, signe d’humilité silencieuse, la petite oreille discrète, le front, les joues, le menton, le cou, la chevelure, les boucles harmonieuses qui encadrent le visage, le ruban qui les retient. Forte de ces précieuses indications, je recommence et obtient finalement un visage plus conforme au modèle. Après le déjeuner le deuxième sujet d’étude sera la main levée dans le geste de bénédiction. Cette fois je reçois un papier coloré d’une autre texture, plus épais, pour la mise en peinture qui suivra. Je m’applique à dessiner la main. Curieusement elle apparaît moins gracieuse, moins légère que le modèle. Isabelle intervient et m’amène à aiguiser mon observation : le trait doit se faire plus souple, marquer d’imperceptibles courbures, à peine creusées ici, à peine rebondies là. Et de fait de nuance en nuances le geste de la main est soudain apparu harmonieux.
Après le dessin, la mise en couleur. Un petit plateau est disposé sur la table : les boites de différent pigments, les coupelles, les godets, la marguerite, la cuillère à moutarde, les pinceaux pour chaque usage, l’éponge, le récipient d’eau, la pipette ou compte-goutte, l’œuf bien frais , la tasse, le petit pot de confiture avec couvercle, Et les opérations préalables se succèdent : la fabrication du « liant à l’œuf frais », la décantation des pigments et leur mise en flacons la préparation des teintes nuancées, le proplasme des chairs. Les différents pinceaux ont chacun leur usage propre : la mesure des couleurs, l’assemblage des tons, l’étirement et le tissage de « la première lumière », ah l’inoubliable tissage de la chair, la calligraphie, le gommage en biseau, etc …
Cela requiert concentration et méthode, écoute et docilité, respect du processus traditionnel, c’est un héritage culturel précieux, c’est une démarche spirituelle calme et patiente, c’est un cheminement qui nous transporte au-delà de nous-même et fait passer de l’ombre à la vibration de la lumière divine. —- Je suis volontiers intarissable. Tout cela pour dire toute ma reconnaissance à Isabelle Doucas pour la qualité de son enseignement et son attention si bienveillante, et à Frère Jean-Paul dont l’œuvre remarquable en voie d’achèvement témoigne du fruit magnifique de la persévérance minutieuse et patiente.
Anne
Isabelle DOUCAS, iconographe.
Pour vous faire une idée de ce que je propose dans l’iconographie :
http://www.iconesbyzantines-aspasmos.com/